LEMARQUE Francis [KORB Nathan, dit]

lundi 16 juillet 2007

Né le 25 novembre 1917 à Paris (XIe arr.), mort le 20 avril 2002 ; acteur du Groupe Mars ; chanteur auteur-compositeur ; chanteur de Paris et du monde populaire.

Fils de cordonnier, né dans une famille de juifs polonais et lituaniens, Nathan Korb, titulaire du certificat d’études, quitta l’école à onze ans et exerça très jeune plusieurs métiers ; ouvrier imprimeur, ouvrier métallurgiste, garçon de course, figurant. En 1934, avec son frère Maurice, né en octobre 1915 à Paris et également ouvrier, il adhéra au «  Groupe Mars  », animé par le trotskyste Sylvain Itkine sous l’égide de la Fédération du théâtre ouvrier de France (FTOF).

Les deux frères montèrent un numéro de duettistes sous le nom des Frères Marc, s’inspirant d’abord des duettistes en vogue, Gilles et Julien, auxquels ils empruntèrent leurs succès (dont Dollars). Puis ils créèrent leur propre répertoire : Maurice écrivit la musique de Y’a trop d’tout, sur des paroles de Paul Vaillant-Couturier, et de la Chanson de la faim, paroles de Sylvain Itkine ; ils interprétèrent aussi les premières chansons de Jacques Prévert mises en musique par Joseph Kosma, qui parfois les accompagna au piano.

A l’époque du Front populaire, tout en continuant à travailler en usine, ils participèrent à de nombreuses manifestations et fêtes ouvrières, comme chanteurs et avec les autres jeunes acteurs amateurs du «  Groupe Mars  », en liaison avec l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR). Comme l’a écrit Maurice Korb : « Tous ces jeunes gens, communistes, socialistes, trotskystes se retrouvaient chaque semaine pour répéter des spectacles dans une atmosphère de chahut et de bonne humeur. Le plaisir de travailler en commun gommait toutes les divergences et donna naissance à une troupe très homogène. » Durant la période des grèves de juin 1936, ils allèrent chanter et jouer dans les entreprises occupées.

Proche du Parti communiste, Nathan Korb entra dans la résistance juste après la déportation de sa mère en 1943 ; elle fut tuée à Auschwitz. Sous le nom de Mathieu Horbet. il fut arrêté et emprisonné et termina la guerre dans le maquis du Corps franc Bayard, près de Mazamet. Ce n’est qu’à partir de 1946 que le cadet devint un professionnel du spectacle sous le pseudonyme de Francis Lemarque. Il écrivit d’abord des chansons à succès pour Yves Montand (Mathilda, À Paris, etc.) puis, à la demande de Jacques Canetti, chanta sur scène et enregistra lui-même ses œuvres (Quand un soldat, Marjolaine, Le Temps du muguet, Les Chansons et les Hommes, etc.). Il reçut en 1951 le prix de l’académie Charles Cros. Il écrivit également pour le cinéma. Avec son épouse Ginny Richès (épousée en 1946, ils eurent trois enfants), il fut invité au Festival mondial de la jeunesse, à Varsovie, pendant l’été 1955 et à celui qui se tint à Moscou en 1957. Son succès en URSS se confirma pendant sa tournée de 1966. « Les événements de mai 1968 m’ont pris au dépourvu. Je n’aurais jamais imaginé de tels bouleversements. Tout a été remis en question, notre façon de vivre, de penser » écrira-t-il en 1992. Le grand représentant de la chanson populaire française, aux tonalités de gauche, pacifistes et humanistes, tomba dans un relatif oubli dans les années soixante-dix.

Il orienta une partie de son activité vers la production et la découverte de talents. Avec l’écrivain Georges Coulonges il réalisa Paris Populi, une fresque évoquant l’histoire de Paris vue du peuple, de 1789 à nos jours. Entièrement chanté, Paris Populi parut en coffret en 1976 : les titres sont interprétés par de nombreux artistes de Juliette Gréco à Jean Guidoni en passant par Mouloudji ou Serge Reggiani. Francis Lemarque cessa ses tournées en 1980.

Installé à La Varenne Saint-Hilaire (Val-de-Marne), il continua d’enregistrer dans son propre studio (son dernier album sortit en 1994) et rédigea une autobiographie sous le titre : J’ai ma mémoire qui chante. Il se produisit encore au Printemps de Bourges (1988), au Casino de Paris (1994) et à l’Auditorium des Halles (1996) où ces amis Alain Souchon, Anne Sylvestre, Romain Didier, Alain Leprest avaient voulu lui rendre hommage. Francis Lemarque avait enregistré dans son studio de la Varenne Saint-Hilaire, l’Anthologie de la chanson française, œuvre monumentale qui retrace en plusieurs volumes le parcours de la chanson traditionnelle, sur plusieurs siècles. Il laisse une œuvre personnelle de près de mille chansons.

Lorsque Yves Montand s’éloigna du Parti communiste et dénonça avec vigueur le stalinisme, Francis Lemarque ne suivit pas son interprète favori dans la remise en cause de leurs engagements communs et n’intervint pas dans les débats politiques. Les derniers mots de ses mémoires furent pour Jacques Prévert et Sylvian Itkine, qui avaient modifié son parcours artistique et personnel.

Francis Lemarque est enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris.

ŒUVRE : En plus des chansons, J’ai la mémoire qui chante, Paris, Presses de la Cité, 1992, 454 p. (autobiographie)

SOURCES : Notices autobiographiques de Francis Lemarque et Maurice Korb dans Mémoires d’en France 1936-1939, Éditions Aimo, 1986. — L’Humanité, 22 avril 2002. — Libération, 22 avril 2002.

Robert Brécy, Claude Pennetier


Francis Lemarque « Marjolaine »
La joie de vivre, 30 décembre 1957 (00’45).

Source : Ina.fr - Archives pour tous.



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